Des souterrains à découvrir… ou redécouvrir !
Pour la première fois, les souterrains militaires creusés pendant la Seconde Guerre mondiale ouvrent leurs portes au public. Connus de certains Borméens mais situés sur un terrain privé, ces galeries restaient jusqu’alors inaccessibles aux non-initiés. Grâce à la passion de Jean-Louis Vial, l’histoire de ce lieu reprend vie sous forme de visites guidées.
Une histoire enfouie dans la roche
Creusés à partir de 1942 sous la direction de l’Organisation Todt, ces tunnels n’étaient pas destinés au combat direct. Les galeries, taillées à la main dans la roche bleue de Bormes – l’une des plus dures de la région – témoignent de l’effort colossal fourni par de jeunes réquisitionnés via le Service du Travail Obligatoire (STO), venus majoritairement de Bormes et du Lavandou.
Parmi eux, un nom résonne avec émotion : Robert Chiazzo. Ancien STO et membre des commandos d’Afrique, il a pu transmettre ses souvenirs. Une jolie boucle qui fait sens avec l’histoire de la libération de Bormes, du souterrain et du musée éponyme.


Un tunnel stratégique, jamais achevé
Si, côté mer, des postes d’observation surveillaient la côte, d’autres, sous la chapelle, permettaient de contrôler les hauteurs. À l’arrière, c’est cette zone de repli en cas de bombardement et cet espace de camouflage que les visiteurs redécouvrent aujourd’hui avec intérêt : “Le site devait comporter des chicanes en béton armé et des emplacements pour mitrailleuses, mais les travaux n’ont jamais été achevés. On y voit encore les traces de pioches et de barres à mine dans la roche”, explique Jean-Louis.
Avec émotion, on pénètre en ce lieu où le temps semble s’être figé. Un long couloir de 34 mètres, parfaitement conservé, dessert des points de stockage, des chambres, des salles prévues pour la douche ou les toilettes sèches… Un voyage à travers le temps et l’histoire, ponctué d’anecdotes.
Une armée sans moteur, une guerre à dos de mulet
Ainsi, l’armée allemande, loin de l’image d’une machine de guerre moderne, avançait ici à dos de mulet. Peu motorisée, elle transportait vivres, munitions et matériel à la force animale. Les véhicules ? Récupérés dans les pays conquis, souvent inutilisables faute de pièces. Les soldats ? Un mélange hétéroclite de volontaires étrangers, parfois plus redoutés que les Allemands eux-mêmes. C’est le cas du 917e régiment, composé en grande partie d’Arméniens, qui a marqué les mémoires locales.
Une présence militaire massive à Bormes
Après la reddition italienne en 1943, la côte passe sous contrôle allemand. Plus d’un millier de soldats allemands étaient alors répartis sur plusieurs positions à Bormes. Ceux qui n’étaient pas postés sur la colline étaient logés au Grand Hôtel (aujourd’hui l’Eden Rose) ou au fort de Brégançon.
Un site abandonné sans combat
Dans la nuit du 16 au 17 août 1944, tout bascule. Pris en étau entre les commandos d’Afrique débarquant par la mer et les troupes américaines arrivant par la forêt du Dom, les Allemands laissant le site sans livrer bataille abandonnant vivres, matériel et munitions sur place.. Les combats auront lieu plus loin, notamment au Golf Hôtel à Hyères, où le commandant du 917e régiment opposera une résistance farouche.
Une renaissance grâce à la passion
Jean-Louis Vial, déjà à l’origine du musée itinérant Robert Chiazzo, a mené cet hiver un travail de titan. Avec les associations Mémoire Bormes 1944, le Festival de plongée sous-marine et le soutien de la mairie, il a nettoyé les galeries, sécurisé les accès et extrait plus de 700 kg de déchets. Ce travail de mémoire, mené avec rigueur et respect, permet aujourd’hui de redonner vie à ce lieu chargé d’histoire.
Une visite guidée entre silence et souvenir
La visite des souterrains se fait uniquement sur réservation via l’office de tourisme. Grâce à ses recherches, ses anecdotes et les témoignages recueillis, Jean-Louis fait revivre l’histoire de ces galeries oubliées.
Ce n’est pas une simple visite : c’est une immersion dans le passé, un hommage aux jeunes réquisitionnés, et une transmission vivante de la mémoire collective de Bormes les Mimosas et de la Provence



